Quand la forêt brûle, qui nous apprend à écouter?
La terre est en feu. Les étés 2023 et 2025 – peut-être 2026? – ont été les pires saisons jamais enregistrées pour les feux de forêt au Canada. Les incendies ont forcé l’évacuation de 76 000 personnes en 2025, dont des réserves autochtones rasées de la carte au Manitoba. La fumée a même atteint l’Europe. De tels incendies gigantesques chez nos voisins du Sud n’ont épargné ni les plus pauvres ni les plus riches : des quartiers voire des villes entières en cendres.
Ce n’est plus une métaphore : la terre brûle, et elle envoie des signaux que l’ONU elle-même a nommés le 5 juin dernier (Journée mondiale de l’environnement : Les signaux sont clairs).
Mais tous ne reçoivent pas ces signaux avec la même distance ni avec le même degré de sensibilité. Pour les communautés qui vivent au cœur des forêts – et parmi elles, de façon frappante, les Premières Nations –, ces signaux ne s’observent pas sur un écran : ils brûlent devant la porte.
Deux façons de voir la même forêt
Notre héritage occidental nous a fait intérioriser un droit quasi sacré d’exploitation du territoire. Celui-ci est vu d’abord pour ce qu’il peut nous apporter : du bois, des minéraux, de l’eau, des espaces à aménager, à posséder, à habiter. Les incendies, comme tous les sinistres naturels ou causés par l’humain, sont comptés comme des pertes et des statistiques pour l’économie.
Les Premiers Peuples ont développé un autre rapport au territoire. Dans leurs traditions, la forêt est reconnue comme un espace vivant qui parle, qui enseigne, qui répond. Chez les Cris, les Atikamekw et les Innus, le territoire (que chacun de ces peuples nomme respectivement et respectueusement Eeyou Istchee, Nitaskinan et Nitassinan) n’est pas un espace que l’on possède, mais un espace auquel on appartient.
Le feu, dans cette vision, n’est pas seulement une catastrophe. C’est aussi un signal, une parole de la terre.
